11 mars 2006
HUBERT FELIX THIEFAINE
Magma : Thiéfaine, ta carrière de chanteur a démarré vers la trentaine. Que faisais-tu avant et comment es-tu arrivé à la chanson ?
HFT : J’ai débuté plus tôt que ça, puisque j’ai commencé à écrire à l’âge de 11 ans. J’ai le souvenir d’avoir fait le mur du collège, quand j’avais environ 17 ans, pour participer à un radio-crochet. Ce qui est amusant, c’est que ça se passait justement au Creusot (71) et que j’y retourne pour le festival des Giboulées.
Magma : Tu n’es pas quelqu’un de très médiatisé ; est-ce un choix, ou est-ce que ce sont les médias qui te boudent ?
HFT : C’est ce que j’appelle de la censure sournoise ! Je me rappelle, par exemple, durant une émission d’Anne Sinclair où je chantais « 113e cigarette sans dormir », la régie a décidé de couper ma chanson et de passer une page de pub. Même cas de figure dans une émission radio de Jacques Martin.
Magma : Tu as beaucoup de mérite car, pour un chanteur que l’on n’entend pas ou peu à la radio, tout le monde connaît tes chansons : « La cancoillotte », « Je t’en remets au vent », « La fille du coupeur de joints » ou encore la fameuse « Maison Borniol »…
HFT : J’ai quand même fait 15 tournées, avec entre 1 500 et 2 000 concerts ; les gens ont eu le temps d’entendre parler de moi, ne serait-ce qu’en voyant mes affiches sur les murs de leur ville, mais aussi grâce aux médias régionaux.
Magma : Qu’est-ce que cela te fait de savoir que des jeunes, aujourd’hui, écoutent de vieux albums de Thiéfaine ?
HFT : J’ai écrit ces premiers albums à leur âge, ils doivent sans doute se reconnaître dans mes compositions. Ça me fait plaisir parce qu’elles ont une forme d’universalité.
Magma : Tu abordes souvent la folie dans tes textes. C’est un thème important pour toi ?
HFT : Souvent, la création frôle le domaine de la folie. Nombreux sont les artistes qui l’ont approchée de près. Mes recherches en écriture me mènent parfois à fouiller dans la zone obscure de mon individu. En cela, je frôle des territoires de l’inconscient et réveille des choses qui peuvent m’effrayer.
Magma : « La dèche, le twist et le reste » est une chanson magnifique. Est-elle autobiographique ?
HFT : C’était prémonitoire, comme beaucoup de chansons ; c’est ce qui m’est arrivé quand je suis arrivé à Paris.
Magma : Le Zénith arrive à grands pas sur Dijon, feras-tu partie des premiers à l’inaugurer ?
HFT : Pour l’instant, je n’en sais rien, j’en ai vaguement entendu parler. Je sais seulement qu’il y a plusieurs possibilités en vue pour cette inauguration.
Magma : Penses-tu que, à la fin – excuse-moi pour la question –, quand tes derniers moments arriveront…
HFT : On appelle ça la mort, non ?
Magma : … Penses-tu que, une fois parti, tu seras couronné comme un Gainsbourg, un Brel ou un Brassens ?
HFT : Je m’en fous. Tout ce que je demande, c’est de ne pas trop souffrir à ce moment-là. Pour le reste, c’est le public qui verra.
Magma : Comment s’est passée ton expérience au théâtre ? Tu as envie de changer de carrière, ou tout simplement cherches-tu à t’échapper un peu de ton propre rôle ?
HFT : Non, j’ai pas envie de changer de carrière… De toute façon, on ne s’improvise pas comédien du jour au lendemain. Pour moi, c’était plutôt une mise en danger : voir de quoi je suis capable. C’est aussi une façon d’entrevoir d’autres émotions. C’est un peu comme ma nouvelle tournée [« Thiéfaine en solitaire »] : ça faisait 25 ans que je ne m’étais pas retrouvé tout seul avec ma guitare... Pour moi, le théâtre a été une façon de me faire peur et de sortir de ce que je fais d’habitude.
Magma : Tu travailles actuellement sur ton nouvel album. Quand verra-t-il le jour ?
HFT : Il sortira en septembre, mais il est encore trop tôt pour en parler. Je préfère attendre que le travail soit terminé.
Magma : Thiéfaine, tout le monde connaît ta musique, ton nom, mais toi, qui es-tu ?
HFT : [Rire] Dans le film Billy the Kid, où Bob Dylan joue un petit rôle, on lui demande la même chose, il répond : « Ça c’est une bonne question ! »
Magma : Bravo ! Bravo, Thiéfaine, pour ce bon bout de carrière. Fais nous chanter encore longtemps, et merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions.
HFT : Merci Jérôme, à bientôt ! Merci à Francine et à Fred, qui nous ont permis de réaliser cette interview.
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